LA SCÈNE DE L'ÉCRITURE

Essai sur la poésie philosophique du Cavalier Marin (1569-1625)
Paris, Honoré Champion, 2002, 752 pages.

           Le poète philosophe Giambattista (ou Giovan Battista) Marino, dit le Cavalier Marin, naquit à Naples en 1569. Poète renommé et habitué des cours, il fut hôte d’honneur du Duc de Savoie à Turin (1608-1615), puis, sur invitation de Marie de Médicis, du roi Louis XIII à la Cour de France (1615-1623). S’il connut la gloire de son vivant, son déclin commença peu après sa mort (Rome,1625), sous les coups répétés de ses détracteurs et de la censure ecclésiastique, qui lui reprochaient d’avoir outrancièrement pratiqué le mélange du sacré et du profane, et d’avoir promu un genre poétique jugé trop libertin. L’immense poème mythologique l’Adone fut mis à l’Index en 1627.

Marie-France Tristan - La scène de l'écriture

           Aujourd’hui, grâce aux travaux des éminents chercheurs qui en Italie, en Suisse et au Canada, se sont penchés sur son œuvre à la suite de Benedetto Croce, grâce aussi, depuis les années 70, à la republication d’une grande partie de son œuvre (en particulier des Dicerie sacre de 1614, et de l’Adone de 1623), le Cavalier Marin retrouve une place de choix dans l’histoire littéraire du XVIIe siècle.

           La poésie marinienne, connue depuis toujours pour sa musicalité et son métaphorisme parfois échevelé, a pour but déclaré de prolonger la poésie de la Renaissance en lui communiquant un souffle nouveau, grâce à un instrument rhétorique perfectionné qui fait de la faculté d'émerveiller le lecteur son fer de lance. Elle se situe aux confins entre aristotélisme, platonisme et pythagorisme, et plonge ses racines dans les traditions hermétique, alchimique et kabbalistique antérieures (cf. en particulier Georges de Venise), ainsi que dans la tradition patristique de l'Hexaméron (cf. le poète français Du Bartas). Elle n'en est pas moins d'un étonnant modernisme, qui ouvre de nouvelles perspectives sur la littérature baroque italienne et européenne, à partir des voies tracées par Eugenio d'Ors, Jean Rousset, ou Severo Sarduy. 
Se fondant sur une conception spéculaire des opérations théogoniques et cosmogoniques, ainsi que de leurs retombées cosmologiques et éthiques, le poète engage une réflexion originale sur l'art et le langage. Ce premier essai en langue française sur Giambattista Marino démontre comment son oeuvre, par quelque côté annonciatrice de ce qu'allaient être bientôt les intuitions de Leibniz (cf. les belles réflexions de Deleuze sur Leibniz et le baroque) se présente comme un "lieu d'écriture" fractal, et se donne à lire comme une anamorphose poétique aux innombrables ramifications.

Marie-France Tristan, Maître de conférences à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), docteur d’État ès lettres.

Oeuvres de Giambattista Marino aux éditions La Finestra: http://www.la-finestra.com

Editions Honoré Champion

Marie France Tristan